
Parler de la couleur végétale dans les médias arrive trop peu, alors que la filière réunit des agriculteurs, des artisans, des entreprises et des chercheurs dans 12 métiers, du textile à l’alimentaire en passant par la cosmétique. Pauline Leroux, qui anime le podcast ArtEcoVert, m’a invitée à décortiquer ce qu’elle aurait pu faire pour que la filière entre dans les media, puis à ouvrir des pistes pour chaque métier. Nous en avons parlé dans l’épisode à écouter ici.
Rester absent des media est égoïste. J’ai pour habitude de dire « C’est pas égotique (de passer dans les media), c’est égoïste (de ne pas y passer). ».
Vous gardez votre savoir-faire pour vous, alors qu’il pourrait aider énormément de personnes. J’entends beaucoup l’humilité de la filière à ce sujet, et Pauline Leroux la décrit avec des personnes très discrètes.
Attendre que les media s’intéressent d’eux-mêmes à la filière peut prendre énormément d’années vant qu’une parution arrive.
Le savoir-faire de la couleur végétale a disparu une première fois parce que sa transmission passait par l’oral, et les générations ont cessé de se le transmettre. Pauline Leroux renvoie, aux épisodes 5 et 6 d’ArtEcoVert, où Dominique Cardon le raconte.
Pauline ne veut pas que la timidité conduise à refaire cette erreur. Dans la guilde tinctoriale qu’elle a créée, des artisanes travaillent la marqueterie sur paille aux couleurs végétales, d’autres fabriquent des chaussures en cuir, et d’autres savent faire des points de dentelle, qu’elles sont les seules à réaliser. Mais elles ne le font pas savoir. Prendre la parole dans les media laisse aussi une trace de ce que font les artisans, transmet leur savoir-faire et fait rayonner le sujet plus loin.
Si la filière ne prend pas sa place dans les media, un autre acteur peut la prendre, car les media n’offrent pas 50 places.
Quand les gens voient la filière gagner en importance, quelqu’un peut s’approprier son message. Cet acteur peut être une filière concurrente, ou une personne qui vulgarise votre savoir-faire sans l’avoir mis en place. Les media ont leur carnet d’adresses et rappellent les personnes avec lesquelles ils ont déjà échangé. Si cet acteur s’est ancré dans les media avant vous, la place est prise.
💡 À retenir
- rester absent des media revient à garder pour soi un savoir-faire qui pourrait aider énormément de personnes ;
- le savoir-faire de la couleur végétale a déjà disparu une fois, faute de transmission orale entre les générations ;
- un autre acteur peut s’emparer du message de la filière si celle-ci ne l’ancre pas dans les media.
Les media diffusent des informations et fonctionnent donc avec une temporalité. Pour parler de la couleur végétale dans les médias, vous devez donc rattacher votre sujet à une date-clef. La Guilde tinctoriale d’ArtEcoVert a été lancée 1 mois avant l’enregistrement de l’épisode. Et j’ai conseillé à Pauline Leroux de communiquer sur ce lancement sans trop attendre. Une fenêtre de communication comme ce lancement se représente rarement.
Les journées mondiales offrent à la filière plusieurs points de contact avec les journalistes. Par exemple :
Pour les journées du patrimoine, la filière possède déjà des atouts. Le pastel des teinturiers, qui donne du bleu, est entré au patrimoine mondial de l’UNESCO, et des restauratrices d’œuvres d’art ont travaillé sur la tapisserie de La Dame à la licorne ou restaurent des tableaux. Pauline Leroux estime que la filière exploite trop peu ce pied déjà posé dans le patrimoine. Quand chacun s’empare de ces journées, un effet boule de neige peut se créer.

Contactez les journalistes au moins 1,5 mois avant la journée choisie. Vous leur proposez un sujet qui illustre cette journée et vous leur demandez si ce sujet peut les intéresser.
Il faut bien anticiper ses sollicitations media, car ils faut qu’ils aient entendu parler de vous quand ils chercheront les experts à solliciter.
💡 À retenir
- une information correspond à une date donnée pour les media ;
- le contact avec les journalistes se fait environ 1,5 mois avant la journée.
Pour parler de la couleur végétale dans les médias, chaque métier choisit un moment où il a de l’information à donner, car les media veulent de l’information.
| Métier | Information à donner aux journalistes |
|---|---|
| Cultivateur de plantes tinctoriales | extraction du pigment, visite d’exploitation, ouverture d’un jardin tinctorial |
| Teinturière | nouvelle collection |
| Artiste plasticienne | avant un vernissage, une exposition ou une résidence |
| Centre de formation | arrivée d’un nouveau groupe |
| Savonnière | nouvelle collection, création de l’entreprise, journée internationale des droits des femmes |
| Fabricant de couleurs pour les beaux-arts | fabrication des palettes cuites au feu, transformation du pigment après l’extraction |
| Entreprise utilisant la couleur végétale | mise en avant de cette utilisation, parfois cachée |
| Chercheur | travaux vulgarisés, avec leur impact sur le grand public |
L’extraction du pigment est un sujet visuel qui peut intéresser des télévisions. L’ouverture de l’exploitation au public à certains moments, l’été par exemple, offre une autre occasion. Une visite d’exploitation montre la plante à tel stade, la récolte qui se fait entièrement à la main, et les raisons pour lesquelles la mécanisation n’a pas été possible. Elle montre aussi l’effet de chaque technique sur la couleur, et donne ainsi un angle patrimonial au sujet.
Le jardin tinctorial multiplie les sujets, avec l’ouverture au public, l’accueil des enfants et la thématique du jardin. Ces jardins intéressent les media touristiques et les media locaux.
Une teinturière peut informer les journalistes au moment d’une nouvelle collection. Les artistes plasticiennes, qui travaillent par exemple le feutre ou la marqueterie de paille, communiquent avant un vernissage, avant une exposition ou avant une résidence. Inviter les media au vernissage en avant-première leur donne envie de venir et d’en parler, ce qui peut amener du monde pendant l’exposition.
Dans un autre épisode de podcast, consacré à la manière dont les artistes peuvent passer sur Wikipédia, j’ai donné plein d’idées de sujets media pour les artistes.
Un centre de formation communique au moment où un groupe va arriver, par exemple dans 1 semaine ou dans 15 jours. Le sujet peut être, par exemple, l’accueil de la 15e promotion sur la couleur au service des bougies ou des savons, ou celui d’un groupe sur les couleurs maya. Annoncer un nouveau programme de formation ferait par contre penser à une promotion, alors que l’arrivée d’un groupe constitue une information.
Une savonnière peut parler d’une nouvelle collection, de la création de son entreprise car c’est une opportunité media, ou de la journée internationale des droits des femmes. La réalisation des savons offre un sujet visuel, et beaucoup de savonnières font des marchés.
Sur un podcast, une savonnière peut raconter comment elle vit de l’artisanat, ses périodes de créativité, sa façon de trouver l’inspiration, les convictions qui l’ont menée à ce parcours et sa reconversion, quand il y en a eu une. Elle peut aussi raconter le choix de son pigment, la manière dont elle a trouvé son agriculteur, pourquoi elle l’a choisi et comment ils travaillent ensemble.
Un chercheur intéresse les journalistes quand il vulgarise ses travaux comme s’il les expliquait à un enfant, et qu’il dit en quoi ils vont changer la vie du grand public.
J’ai vu par exemple, une étude scientifique très poussée sur les bains de forêt, avec les molécules des arbres et les endorphines. De nombreux media grand public et nationaux l’ont reprise, dont Libération et RTL, je crois. Leur angle disait « allez vous balader en forêt, voilà pourquoi les balades en forêt vont vous faire gagner 10 ans de vie ». Ils ont tourné le sujet pour que le grand public comprenne l’enjeu de l’étude.
Pour la couleur végétale, le chercheur peut aussi remettre ses travaux en contexte, en disant qui ils aident. Une thèse sur les feuilles congelées de pastel aide les cultivateurs à ne pas perdre leur culture et à tester un bleu obtenu différemment.
Des parutions dans des publications scientifiques peuvent ouvrir la porte d’une page Wikipédia, à condition de regarder les critères exacts. Wikipédia compte parmi les sites les plus consultés au monde et remonte dans les 1ers résultats de recherche. Plus un chercheur y est reconnu, plus d’autres media peuvent venir le chercher.
💡 À retenir
- chaque métier choisit un moment où il a de l’information à donner ;
- les media veulent de l’information;
La filière couleur végétale peut parler d’une seule voix en se regroupant pour envoyer aux journalistes un communiqué de presse commun. Cette union permet aussi de répartir les charges d’une campagne de relations presse entre les participants par exemple.
Pour rédiger un communiqué de presse à plusieurs, les acteurs se regroupent et écrivent 1 seul communiqué commun. Le communiqué de presse suit des codes particuliers, propre à chaque communiqué qu’il soit individuel ou collectif.
Ce communiqué contient des chiffres. Ils aident les media à voir ce qui est intéressant dans le sujet, une filière réelle avec un enjeu et un impact pour leur audience.
Lors d’un événement professionnel, vous pouvez solliciter plusieurs types de media, du territoire jusqu’aux media nationaux. Pour les rencontres d’ArtEcoVert dans les Hauts-de-France, ce sont les media du Nord, les media spécialisés, les media nationaux et les media de chacun des 12 métiers présents. Des épisodes sur d’autres podcasts avant l’événement ouvrent une autre porte d’entrée.
Ces rencontres offrent plusieurs angles aux journalistes :
Ces rencontres créent aussi des liens, puisqu’une savonnière peut y trouver un agriculteur pour ses pigments. À la fin des 2 jours, l’école peut mettre à disposition de ses étudiants des sujets de thèse sur les défis non résolus.
Pour faire comprendre aux media l’intérêt de cet événement, il est possible de présenter le problème qu’il résout, comme la difficulté à travailler ensemble, la difficulté à se connaître à l’ère d’Internet, ou ce qui a bloqué la filière jusque-là. Vous pouvez aussi jouer sur le côté économique, puisque l’artisanat ne fait pas toujours bien vivre.
💡 À retenir
- la filière peut se regrouper pour envoyer un communiqué de presse commun ;
- un communiqué commun réunit les acteurs dans 1 seul texte, avec des chiffres sur la filière ;
- un événement professionnel ouvre la porte de plusieurs types de media.
Vous pouvez passer dans les media par un article éditorial, dans lequel le journaliste fait son travail librement. Vous ne relisez pas l’article et vous ne pouvez pas lui demander d’écrire ceci ou de corriger cela. Un article payant porte des mentions comme publi-communiqué, publireportage, sponsorisé ou en partenariat, et s’apparente à de la publicité. Vous choisissez les mots et vous pouvez demander un backlink. Mais souvent vous ne pouvez payer qu’un article. Une campagne de relations presse vise plusieurs parutions à plusieurs endroits, et les lecteurs vous voient plusieurs fois, ce qui vous garde en tête et instaure la confiance.
Oui, l’été les media reçoivent très peu de communiqués de presse, ce qui peut offrir une opportunité. Certains étés, j’ai eu des sujets sortis, complètement improbables, alors que je pensais que ce serait compliqué. D’autres étés, des journalistes en vacances m’ont répondu en septembre. Les media aiment aussi, l’été, un peu de visuel et la découverte de métiers, comme les petits reportages des infos de midi sur TF1, ce qui peut convenir aux artisans.
Les journalistes aiment se déplacer, donc un événement en ligne les attire moins facilement. Cela se tente quand-même, en leur indiquant que des acteurs de la filière sont présents et qu’ils peuvent les interroger sur leur domaine. Même sans retour, continuez à envoyer des informations, y compris sur d’autres sujets que le premier. Plus les journalistes entendent parler de vous, plus ils peuvent se dire qu’il se passe quelque chose que leur audience risque de rater.
🎧 Vous pouvez écouter l’épisode de podcast ici. 👈 (« E172 – Adeline Cointe – Pourquoi la filière tinctoriale est invisible dans les médias et comment changer ça », sur ArtEcoVert par Pauline Leroux).
Si chacun prend sa part et ose sortir un peu du bois, vous aidez le collectif et, surtout, la couleur végétale. La filière couleur végétale a aujourd’hui un créneau dans les media. Ne laissez pas les autres prendre votre place et bâtissez dès maintenant une stratégie RP solide.
Ne vous laissez pas dominer par vos peurs ou votre timidité. Vous œuvrez pour la pérennité.
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